Les musées des chefferies au Cameroun : état des lieux, pratiques et formes de préservation et de transmission des savoirs
À la suite de ses recherches antérieures et en cours, son projet formulé dans le cadre du projet « Re-connecting ‘Objects’. Epistemic Plurality and Transformative Practices In and Beyond Museums » interroge en profondeur le contexte muséographique dans les chefferies au Cameroun, en explorant les différents modes de préservation, de transmission et de valorisation de savoirs, objets, et pratiques existantes et envisageables dans cet espace. À partir des réalités et modèles existants, il interroge des dynamiques sociales susceptibles d’intéresser davantage les populations locales de tout âge qui sont le mieux placées pour le préserver, le valoriser et le promouvoir. Ce projet questionne dans une approche parallèle l’amnésie culturelle remarquable dans certaines chefferies et la résilience des savoirs dans d’autres, en étudiant le langage symbolique des œuvres et performances artistiques. Il voudrait penser un concept muséographique pluriel qui revitalise à la fois l’art, la culture, et l’histoire dans une perspective de transmission vivante des savoirs. Par une démarche transformatrice et collaborative qui comprend les arts dits traditionnels et contemporains comme complémentaires et enchevêtrés, la recherche entreprend des collaborations non seulement avec certains musées locaux, mais davantage avec des artistes, des artisans, des patriarches et d’autres personnes-ressources dans les communautés. Ces collaborations permettront à préciser les défis actuels, tels qu’énoncés par les acteurs et actrices de ces pratiques, et de comprendre leur participation dans des écologies contextuelles (musées ou autres dispositifs locaux de préservation, de monstration et de transmission des savoirs) capables de répondre aux exigences du temps présent, et de déployer un impact réel à l’échelle locale et globale.
Lucie Mbogni Nankeng | Chercheur.euse | Université de Dschang
Lucie Mbogni Nankeng est chercheuse en histoire (Université de Dschang, Cameroun) et auteure d’une thèse de doctorat portant sur « Les pratiques diplomatiques entre les chefferies bamileké et le royaume bamoum du Cameroun : XIII-XXe siècle », qui met un accent particulier sur les arts et leurs usages dans et entre les chefferies. Dans la continuité de ce travail, ses recherches actuelles interrogent les mécanismes diplomatiques endogènes au Cameroun, leur recours à l’art et leur apport à la construction de la paix entre les communautés. Elle est également membre de l'équipe de recherche internationale sur la provenance des objets d'arts de la collection Max Von Stetten (1893-1896) provenant du Cameroun et logés au Musée des cinq continents (Fünf Kontinente Museum) de Munich (Allemagne) et s’engage à travers l’association lessa’a pour une reconnexion des sociétés africaines avec les héritages historiques et culturels, expropriés. Elle accompagne le travail d’artistes investi.e.s dans une perspective transitoire qui combine tradition et pratiques contemporaines, et de transmission intergénérationnelle, articulant plusieurs dimensions sociales et culturelles. Elle est auteure de l’article « Stratégies de gestion des conflits et de maintien de la paix en milieu rural du Grassfield camerounais : une lecture socio-anthropologique et historique de la diplomatie locale » ; publié dans Cameroun : le Monde Rural en Mutation, XIXe –XXe siècle (2021), éditions Premières Lignes et co-auteure de l'ouvrage : Arts et rituels des peuples grassfields, fang-beti et Ngambé-Tikar : pour une analyse socio-anthropologique et historique des encyclopédies chancelantes (à paraitre).